Jean-René Mourot - piano  -  Bruno Tocanne - Drums

Ce disque est l’histoire d’une rencontre qui ne doit rien au hasard, tant ses protagonistes – deux artistes épris de lumière et du même besoin de liberté – devaient finir par se trouver un beau jour dans la communion de leurs impressionnismes.

Fasciné par la sensualité des Duets de Bill Carrothers et Bill Stewart à la fin des années 90, le pianiste Jean-René Mourot rêvait de l’intimité d’une telle conversation, et ce faisant du batteur mélodiste qui saurait l’aider à lui prêter vie. Qui mieux que Bruno Tocanne, musicien de l’attention aux autres, rompu à l’exercice du duo piano batterie et passé maître dans l’art de la suggestion, pouvait répondre à une attente aussi forte ? Quelques échanges, à la manière d’une mise au point photographique, leur auront suffi pour s’accorder sur un langage commun – une grammaire subtile associant spontanéité et improvisation elliptique – avant de passer à l’action quelque temps plus tard. Et c’est dans l’intimité d’un studio habillé de lampes cubiques, discrets témoins d’un dialogue capté au plus près des émotions, qu’ils donneront naissance aux huit éclats sonores de ces Chroniques de l’imaginaire. 

C’est un privilège que de découvrir dans sa vérité de l’instant une fresque aux motifs diaphanes qui jamais ne s’écarte du chemin de la mélodie ; ce disque est le chant de deux âmes en résonance, célébrant à mots couverts une beauté sans cesse à redécouvrir. Jean-René Mourot et Bruno Tocanne écrivent une page de vie pudique, sans ostentation ni démonstration virtuose… Ils ne s’imposent pas l’un à l’autre, préférant entrouvrir les portes d’un enchantement réciproque. Le pianiste se joue du temps qu’il peut suspendre durant une fraction de seconde – ou d’éternité – pour mieux libérer des notes dont la fluidité harmonique trouve un écho gémellaire dans la frappe gracile et retenue du batteur. Tous deux expriment leur vision d’un monde élégiaque, où l’élévation a pris le pas une fois pour toutes sur le besoin d’affirmation. On comprend alors très vite que les rêves de ces deux funambules sont devenus les nôtres. Denis Desassis