CHOC JAZZ MAGAZINE CD duo Blesing - Tocanne

Une rencontre de très haut vol

JAZZ RHONE ALPES - Bruno Tocanne Meetings live

Entre délicatesse, énergie, douceur, efficacité, sérénité et tonicité...
...Les invités sont Bernard Santacruz, le contrebassiste et Rémi Charmasson, le guitariste(... ) Le batteur use de toutes ses baguettes, mailloches, balais, rod sticks sur ses cymbales, toms, caisse claire et charleston avec l'aisance du vieux routier aussi à l'aise dans tous les univers visités lors de cette soirée croix-roussienne. Le contrebassiste se fait tour à tour maître de l'accompagnement ou émérite soliste selon les besoins de la cause défendue. Le guitariste varie les techniques sur les cordes de sa Telecaster avec des touchers qui vont des frottements aux arpèges en usant de quelques pédales d'effets au gré des contrées évoquées. Leur répertoire nous emmène de ci de là dans les rythmes rock de Jimi Hendrix, jazz de Hampton Hawes , groove de Bobby Hebb (Sunny), chanson de Leonard Cohen ("Hallelujah"). Dans un même morceau, le trio diversifie les échanges, laisse la place à de bien beaux solos, revient au thème avec aisance et se laisse volontiers surprendre par la conclusion amenée par l'un ou l'autre. Surprise aussi : l'invitation à partager "Witchi Tai To" de Jim Pepper avec les trompettistes Rémi Gaudillat et Vincent Guglielmi qui encadrent, le temps d'un titre et sans micro, le contrebassiste. Joli moment d'émotion quand les enfants chantent naturellement les refrains d' "Hallelujah" en agitant les bras... Ce trio d'un soir a su capter l'attention du jeune public en proposant un programme à la fois évocateur et riche d'improvisation capable de satisfaire les attentes d'auditeurs avisés comme profanes, les trois complices se promenant entre délicatesse, énergie, douceur, efficacité, sérénité, tonicité. Plaisir d'offrir, plaisir de recevoir !  Christian  FERREBOEUF .  2017 - LS Jazz Lyon


CHOC JAZZ MAGAZINE "Over The Hills"
Un disque qui laisse simplement pantois... Envoûtant 
Bruno Tocanne désirait proposer une relecture d'Escalator Over The Hill, il en informa la Maîtresse du Grand Œuvre qui lui répondit "Si vous êtes assez fous pour le faire, "allez y !" Dés lors qu'il avait obtenu son blanc seing, le fondateur du réseau imuZZic se mit au travail, le résultat fût acclamé par Carla Bley. L'ovation se poursuit (…) Lorsque Bruno Tocanne et Bernard Santacruz s'attachèrent à reprendre l'idée de l'aventure, il s'agissait pour eux d'aller aussi haut en évitant le pastiche. Le collectif qu'ils assemblèrent, composé de neuf instrumentistes, projetait l'ombre d'une Table Ronde sans hiérarchie, seule régnait la puissance d'une âme élevée vers la perfection. Ni copie minutieusement gravée, ni débordement cherchant à transcender l'originelle partition, ce disque est singulier parce que nourri de souffles actuels, d'un enthousiasme effusif qui laisse tout simplement pantois. Cette chronotransduction revisitée, mot préféré par Carla Bley à celui d'Opéra, est une appropriation envoûtante et généreusement accomplie. Guy DAROL

 

ELU CITIZEN JAZZ "Over The Hills"

Une musique superbement jouée avec cœur 
"Ce projet à grands risques (s’affronter à ce qui fut, et reste, une œuvre majeure du XX° siècle, toutes musiques confondues) aura été une superbe aventure musicale et humaine, et un modèle de pénétration publique réussie. Les concerts se sont succédé - et ce n’est pas fini - le disque est arrivé à point nommé pour parachever tout ça... et pour finir, la grande Carla vient d’adresser un message à l’orchestre qui risquerait de les faire rougir s’ils n’étaient tous déjà diversement colorés par la rage de jouer... Dans le droit fil de ce qui m’était apparu à Nevers (…) cette reprise, relecture, comme on voudra, cette belle musique en tous cas, jouée superbement et avec quel cœur, doit une grande part de sa splendeur à ce chanteur (…) qui se nomme Antoine Läng. Car EOTH est une œuvre profondément vocale (voir l’amour que lui porte également Susanne Abbuehl), et il fallait sacrément quelqu’un pour succéder à tous ceux qui se sont présentés devant les micros dans la version originale. Écoutez comme il dramatise « Small Town Agonist  jusqu’au point de rupture ! Et puis les autres, on les connaît, d’Aussanaire de Belle-Île à Perrine la méridionale en passant par Santacruz, berger bienfaisant des plus grands souffleurs ! Et que dire de Blesing et de Tocanne, qui ont porté ça de toutes leurs forces réunies, des trompettes en furie (Roudet, Gaudillat) et du clarinettiste Thémines qui aurait découvert le jazz à Tours avec Vincent Cotro ! On écoute ça tout de suite, les amis". Philippe MEZIAT

 

JAZZAROUND - Belgique "Over The Hills"

Jouissif !
"...La justesse des arrangements écrits par Alain Blesing et Rémi Gaudillat se mesure au son d’orchestre si particulier dont les facettes émergent, petit à petit, à chaque nouvelle écoute. De plus, notons que le travail d’enregistrement réalise une autre performance : capter une énergie musicale fort proche d’une prise de sons en public. Dans l’ensemble, les parties écrites, dominées par une nonchalance feinte, révèlent un climat qui rappelle le cabaret théâtre. Bien entendu, les arrangements ouvrent aussi l’espace aux envolées libertaires, le plus souvent initiées par les souffleurs. Et, sur plusieurs titres, quand le thème émerge du chaos, l’orchestre flirte avec la volupté ! Si la mise en place des instruments à vent rappelle les sonorités du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, sur "Businessmen", l’ensemble atteint une intensité dramatique émouvante grâce à la voix d’Antoine Läng. Qu’il narre, chante ou crie, Läng impressionne par cette énergie brute, tantôt retenue, tantôt débridée, surtout en dissonance avec l’orchestre, mais aussi à l’unisson, comme s’il s’agissait d’un instrument à vent surnuméraire. Et, c’est sur le titre "EOTH Theme", coda de l’album, que la composition de Carla Bley rappelle, fort à propos, les accents mélodiques et harmoniques typiques de l’American Song Book. Cet "Over The Hills" là  donne plus qu’une nouvelle vie à "Escalator Over The Hill", il propose rien de moins qu’une fenêtre jouissive sur près d’un demi siècle de l’histoire musicale américaine..." Philippe SCHOONBROOD 

OUI ! ON AIME  CULTURE JAZZ "In a suggestive way"
Une réussite esthétique et artistique, toute en finesse
«Pas seulement musicien, Bruno Tocanne est un acteur essentiel du jazz et des musiques d’improvisation qu’il fait rayonner...Membre fondateur et très actif du collectif ImuZZic, il est aussi une des chevilles ouvrières du label IMR et impliqué dans de nombreuses actions d’ouverture et de sensibilisation aux musiques créatives et inventives... La création, la production de disques et de projets donne un sens à l’action. Dans le cas de "In a Suggestive Way", il s’agit bien de s’ouvrir à d’autres artistes qui œuvrent pour que je jazz garde la flamme de la liberté et de l’inventivité... Pour donner du corps et une âme à leurs échanges musicaux, il fallait plus qu’un prétexte, l’envie (le besoin ?) de rendre hommage à Paul Motian, batteur inspirateur du batteur Tocanne... Pas de compositions de Motian au menu mais des thèmes des uns et des autres qui vont ouvrir le voie à une vraie communion musicale, très inspirée dans un quartet sans contrebasse, instrument dont Motian avait pris l’habitude de se passer.Une réussite esthétique et artistique, toute en finesse et d’une grande sincérité. Bel esprit ! " Thierry GIARD  

SELECTION !!!  JAZZ NEWS "In a suggestive way"
Une musique qui coule avec fluidité
«Bruno Tocanne poursuit ses échanges... entre libre improvisation et formes alanguies à dimension chambriste, dont les figures tutélaires se situent du côté d'"Ornette and Don" (titre d'un composition) et du regretté Paul Motian. Une manière allusive et intériorisée de faire de la musique, dans la demi teinte jouant avec les sons autant que les notes - "Suggestive" – donc...  A la batterie Bruno Tocanne s'inscrit en libre commentateur d'une musique qui circule avec fluidité, dans un esprit qui ne déparerait pas chez ECM » - Vincent BESSIERES

SELECTION LE MONDE "Sea Song(e)s"
On aura rarement été au plus près de l’univers du grand œuvre de Wyatt.

"Régulièrement le chanteur, pianiste et percussionniste Robert Wyatt est fêté par des musiciens issus du jazz ou de la pop. Généralement par des reprises qui s’efforcent de rester proches des originaux, ces petites formes fragiles et rêveuses qui sont la marque du musicien britannique. Parfois, le résultat de ces hommages musicaux se fait évocateur plus que relecture. C’est le cas de ce très prenant Sea Song(e) s mené par le batteur et percussionniste Bruno Tocanne, en compagnie de la claviériste Sophia Domancich, du trompettiste et bugliste Remi Gaudillat et du chanteur Antoine Läng, par ailleurs aussi aux claviers. Ils reviennent sur les ambiances, impressions sonores, sensations de l’album le plus fameux de Wyatt, son deuxième, Rock Bottom (1974). Sans jouer ce disque, en dehors de la chanson Sea Song et de quelques éléments fugaces. Et pourtant, on aura rarement été au plus près de l’univers et de la vérité musicale du grand œuvre de Wyatt." Sylvain SICLIER 13/10/2017

COUP DE COEUR  LES INROCKS "Sea Song(e)s"

Les 10 albums jazz à écouter d'urgence:
Concevoir une suite musicale d’après le Rock Bottom de Robert Wyatt, “source inépuisable d’émotion et d’inspiration”, comme l’écrivent Bruno Tocanne et Sophia Domancich, l’idée paraît aussi stimulante qu'impossible. Il y a péril à s’approcher d’une œuvre à ce point achevée et énigmatique dont le trouble passe les années tel un ressac sans fin. Batteur et compositeur d’une grande sensibilité, Tocanne et ses acolytes ont su se placer exactement où il fallait, laissant ce trouble devenir une autre musique, non moins belle, non moins envoûtante, œuvre de résonances et d'une puissance propre, qu'on ne songe pas à comparer à son inspiratrice. Gros coup de cœur ! - Louis-Julien NICOLAOU  09/2017

4 ETOILES JAZZ MAGAZINE "Sea Song(e)s"
Bien au delà de toutes étiquettes ... Entre jazz, rock et rêverie psychédélique
"Sea Song(e)s" est une expérience imaginée à partir de l'oeuvre de Robert Wyatt, icône intemporelle et compositeur/vocaliste culte des grandes heures progressives anglaises. Autour du batteur Bruno Tocanne, s'unissent les claviers de Sophia Domancich, la trompette de Rémi Gaudillat complétés par le chant et les multiples effets sonores d'Antoine Läng. Morceau d'ouverture du merveilleux "Rock Bottom" de Wyatt, Sea Song fait office de point d'ancrage : cette petite pièce aux couleurs diaphanes devient ici la matière minimaliste et poétique. Le piège était d'évidence une vaine relecture ou un mimétisme hasardeux: il n'en est rien. C'est une création emplie d’atmosphères crépusculaires, de climats clairs-obscurs, bien au delà de toutes étiquettes identifiables, une architecture sonore aux formes évolutives et anguleuses, peuplée de quelques saillies froides et coupantes. On se plait à oublier le concept initial, happés par la profondeur de ces vagues électriques de piano Rhodes, comme ces sensuelles mouvances harmoniques, entre jazz, rock et rêverie psychédélique. Tocanne et son drumming subtilement polymorphe en orientant l'énergie, guidant ce long fleuve jusqu'à sa source, pour un sobre et lumineux Sea Song en point final"  Jean Pierre VIDAL / 

 

SUPERBE !  MEDIAPART "Sea Song(e)s"
...Point de revival, mais une re-création d'un autre album qui m'avait chamboulé tout autant trois ans avant Rock Bottom. Tous les morceaux sont originaux, composés par ses musiciens, le trompettiste Rémi Gaudillat ou la pianiste Sophia Domancich, sur des paroles de Marcel Kanche ou Antoine Läng qui chante et claviérise sur le disque. À quatre ils s'inspirent des émotions que leur a procurées l'album de Wyatt, sur sa manière d'arranger les chansons, son minimalisme romantique s'adaptant parfaitement à cet ambitieux projet qui se clôt sur Sea Song, le premier morceau de Rock Bottom, celui qui nous avait fauchés à l'origine ! Les quatre Français abordent donc l'univers de l'Anglais avec la plus grande liberté, jouant sur la mémoire, le rêve qu'on avait et la réalité qu'on se donne. Les textes, dont un du canterburien John Greaves, renvoient indirectement à son histoire. La trompette, dont jouait Mongezi Feza sur Rock Bottom, est l'instrument que Wyatt utilise aujourd'hui pour improviser, mais les digressions des autres instrumentistes, mises à part quelques réminiscences discrètes, vont plutôt puiser chez Soft Machine. Sea Song(e)s apparaît comme un documentaire de création sur Robert Wyatt ou une fiction qui s'en inspire sans sombrer dans le biopic. Superbe ! Jean Jacques BIRGE  09/2017

Vraiment très beau, très sensible, très imprévu... NATO "Sea Song(e)s"

Après l'écoute, on se dit que le titre est bien mieux qu'un jeu de mot. Il y a cette espèce de matière étrange léguée par Robert Wyatt, comme un morceau d'argile à partir duquel s'élabore dans un autre temps, un autre monde, un arpent d'un songe épais, un songe à la dimension parfois rêveuse, parfois sensuelle et parfois crue... Les tâches si peu musicales qui sont notre lot quotidien, toutes en difficultés, violences, punitions injustes, se trouvent toujours confortées par des projets comme "Sea Song(e)s".

Jean ROCHARD 


Une traversée onirique vers de lointaines étoiles ​... ACTION JAZZ "Sea Song(e)s"

Bruno Tocanne, (…) à l’origine de cette fantaisie (pas si rigolote), ainsi que les autres participants ont l’air de prendre un malin plaisir à nous embarquer dans des eaux inconnues qui nous troublent d’incertitudes et dont la consistance est le reflet du Tout ! De tout ceux qui jouent et ceux qui écoutent, se jouent, et s’écoutent. L’air commence doucement à se remplir de notes, lâchées par le  piano de Sophia Domancich, hachées de touches nuancées de mailloches, des notes qui flottent, se frôlent, s’évitent et se rejoignent, ailleurs, pas là où elles sont attendues. D’ailleurs : ni entendues. Elles viennent d’ici, d’un esprit, une pensée, un « songe de la  mer », amères, la brume n’est pas faite en « Barbe à Papa », là : c’est de l’épais, et fluide aussi, mais consistant. Et puis, bon, les deux, là (…) savent se parler, se dire des notes, justes. L’esquif esquive les récifs, en récolte des pans de brume-bitume blanc, sali d’obscurité qui ne consent à s’écarter que de mauvais gré. Et le navire se gréé (...) Et s’immiscent donc (..) le bon vieux compagnon Rémi Gaudillat aux trompette et bugle , comme les 2 premiers, il ne fera pas de démonstration, peu de notes… mais les bonnes ! Et la voix d' Antoine Läng interprétant, interpénétrant des textes prêtés par John Greaves, Marcel Kanche, ou qu’il s’est fabriqué lui-même. Il nous imagine des sons en clair-obscur qui courtisent ceux des autres instruments pour s’en emparer, et les  traiter (…) Quelques repères apparaissent avec un hommage à Carla Bley, puis, last but least, le titre éponyme du projet : « sea song ». Retour à la case départ (...) Reste le souvenir d’une traversée onirique sur des nappes de sons reflétant de lointaines étoiles presque disparues. Parti pris, et gardé, de ne rien affirmer, rien dé-montrer, re-conter l’histoire avec le minimum de notes. Pas de tentative de virtuosité qui remplit si facilement l’espace (...)  Du tout possible, reste la qualité. - Alain FLECHE - Concert Cenon - Bordeaux 04/2017


JAZZ MAGAZINE "Over The Hills" live
​Un moment d'intense jubilation 
.... Sous le titre de « Over The Hills » , dix des vingt-sept titres originaux ont été rassemblés, dans un ordre bouleversé, avec parfois des inclusions d'un extrait dans l'autre, et en toute cohérence. Carla Bley, qui jouait juste après le groupe au festival de Nevers 2014, à l'issue de l'un des tout premiers concerts, était venu saluer avec eux pour exprimer son agrément au projet. Tout récemment, après avoir écouté le CD en compagnie de Steve Swallow, voici ce qu'elle a écrit : "Nous avons écouté votre merveilleuse version d'ETOH hier soir et nous avons été stupéfaits et ravis comme nous l'avions été à Nevers. C'est une parfaite combinaison de l'ancien et du nouveau, du contrôle et de l'abandon, du réalisme et de l'abstraction". La cohérence du disque demeure au concert, et pour avoir assisté à la représentation de Nevers voici plus d'un an, je mesure ce qui s'est développé, étoffé et accompli. Le sens collectif de l'interprétation est remarquable : il faut voir tel musicien, quand il n'est pas sollicité par la partition, vivre dans ses gestes chaque mesure et chaque expression produites par ses partenaires. Les ruptures de rythme, de tempo et de dynamiques sont négociées par tou(te)s avec une musicalité impressionnante. Le chanteur Antoine Läng est d'une intensité expressive stupéfiante, du murmure au cri, sa diction est exemplaire (ce que souligne l'ami britannique qui m'accompagne), et elle sert des textes qui évoluent entre cadavre exquis et poésie sous acide. Le vocaliste se fait aussi, et simultanément, manipulateur de sons électroniques, et assure parfois en temps réelle le traitement sonore de sa propre voix, ou du piano. Dans ce geste éminemment collectif chaque soliste trouve sa part d'expression, et l'on est porté de bout en bout par cette vague musicalement poétique (ou poétiquement musicale). Bref ce fut pour tout le public du studio 105, chroniqueur inclus, un moment d'intense jubilation... - Xavier PREVOST,  - concert Maison de Radio France

ELU  CITIZEN JAZZ "Patria de Multitudes"
Un disque indispensable

"Canto General publié en 1950 par Pablo Neruda (...) recueil de 342 poèmes constitue une œuvre majeure de la littérature latino-américaine, et dit toute la passion que l’écrivain chilien vouait à son peuple dans un cri de révolte ; il est l’expression exaltée d’une solidarité envers tous celles et ceux qui souffrent. Une ode à la liberté définie comme valeur éternelle, brandie à la face des oppresseurs de tout poil, par-delà les siècles et les continents. Aussi, comment s’étonner que deux musiciens tels que Rémi Gaudillat et Bruno Tocanne aient souhaité s’emparer d’une telle somme pour la recréer avec une fièvre contagieuse, expression de leur propre hymne à l’épanouissement de l’être humain ? Ces deux-là sont coutumiers du fait : ils ont su traduire à leur manière l’imaginaire tourmenté du premier guitariste de Pink Floyd, dans un I.Overdive Trio emmené par Philippe Gordiani (Hommage à Syd Barrett) ; avec Marcel Kanche, ils se sont emparés d’un univers pétri de passion et de rage, celui du grand Léo Ferré (Et vint un mec d’outre-saison). On retrouvera prochainement sur disque leur passionnante relecture d’"EscalatorOver The Hill", la chronotransduction de Carla Bley et Paul Haynes. On connaît aussi leur besoin d’air libertaire qu’ils respirent à pleins poumons, parce que notre monde vicié nous menace d’asphyxie, en grand ensemble parfois ("Libre(s)Ensemble") ou en formation plus réduite (« 4 New Dreams ! »). Tocanne et Gaudillat se connaissent sur le bout des doigts, ou plutôt, devrait-on dire, sur le bout des âmes. Le premier, batteur aux mille couleurs suggérées (il faut redécouvrir "In A Suggestive Way", dédicacé au grand Paul Motian), fait partie de ces musiciens aptes à marier le feu et l’eau sans les dénaturer. Il multiplie les rencontres et fait vivre ses rêves en musique à travers un réseau, imuZZic, dont il est le pilote. Le second, trompettiste compositeur de mélodies qui, toutes, sonnent comme des chants aux allures d’hymnes, fait lui-même partie de ce réseau et a pu démontrer son aptitude à dessiner de magnifiques fresques - telle celle du Chant des possibles - ou à célébrer avec éclat un musicien comme Lester Bowie au sein du groupe Docteur Lester (No Way !). Canto de Multitudes est à la hauteur de ses ambitions. Il faut dire que les moyens humains mis au service de cette cause noble témoignent d’une volonté de servir l’œuvre avec foi. On retrouve aux côtés de ses deux initiateurs Élodie Pasquier, clarinettiste chez qui l’idée de liberté est un principe actif (elle évoluait d’ailleurs au sein de Libre(s)Ensemble), le contrebassiste Bernard Santacruz, co-concepteur d’Over The Hills dont le jeu est nourri de rock et de jazz comme de musiques improvisées. Enfin, la chanteuse Lucia Recio, dont les racines andalouses et la diversité des expériences peuvent expliquer l’intensité du feu qui semble incendier chacune de ses interventions. Il ne faut que quelques secondes pour se laisser happer par Canto de Multitudes : impossible d’échapper à l’étreinte de sa poésie et à la brûlure d’une braise qui couve dans chacune de ces dix compositions. C’est d’abord la voix de Lucia Recio qui crée l’envoûtement : récit aux intonations solennelles, chant, murmure au creux de l’oreille, cri, halètement vertigineux, elle passe de la fièvre à l’exaltation et s’offre comme un instrument à part entière, nourrissant les textes de Neruda de toute la force intérieure qu’il requièrent. Les thèmes, dont neuf sont composés par Rémi Gaudillat, se dressent fièrement, à la façon d’étendards. Ce sont des hymnes (qui, parfois, renvoient à l’esthétique du Liberation Music Orchestra). L’association Gaudillat – Pasquier fonctionne à merveille ; leurs lignes mélodiques se confondent, se croisent et alternent caresses et motifs aux envolées free, symboles de révolte. La paire rythmique est en symbiose : Bruno Tocanne, fidèle à son approche altruiste, soutient la marche en avant du groupe avec force et souplesse ou l’invite à une approche plus contemplative et pacifiée en effleurant peaux et cymbales. Il peut compter sur l’appui d’un Santacruz conquérant. Avec ou sans archet, qu’elle soit pulsion profonde ou source d’échappées vers un inconnu dissonant, sa contrebasse fait circuler le sang dans un quintet organique. Comme l’œuvre qui l’a inspiré, Canto de Multitudes est un coup de poing dont le souffle puissant est celui de l’âme des hommes et des femmes en éveil face à la violence du monde, ceux-là mêmes qui, conscients de ses richesses, savent aussi s’émerveiller de ses beautés. Il est une nouvelle page tournée dans un autre grand livre, celui des résistances dont Bruno Tocanne, Rémi Gaudillat et leurs compagnons ont commencé l’écriture il y a de longues années. Une belle histoire qui nous invite à être libres, ensemble. Un disque indispensable."  Denis DESASSIS