L'IMPERMANENCE DU DOUTE / CHRONIQUES - REVIEWS  2020

 

Une rencontre de très haut vol !  -  A very high flying meeting !

Lire la chronique de Jean-François Mondot dans JAZZ MAGAZINE - 05/2020

JAZZAPARIS

Un album formidable, à écouter toutes antennes dehors ! - A great album 

"Il y a en France une actualité Paul Motian encore renouvelée. Il y a encore peu, en effet, le trio du batteur Thierry Waziniak a sorti un disque autour des compositions dudit Paul. On pourrait considérer que « L’Impermanence du Doute » souligne une fois de plus cet héritage.

Juste deux instruments sur cet album, un simple duo, guitare - batterie. Dans le thème, « Les sauts de l’ange », le ton est donné. Une guitare torturée, aux cordes écrasées ou en vibratos acides, se délectant de résonances, de stridences lentes, et une batterie non envahissante, subtile, indépendante, chacun ménageant à l’autre des espaces d’expression solo. 

Dans « Bugs conversation », la guitare délivre des vibrations plaintives sur un rythme insistant, alors que les peaux connaissent des chocs distillés, juste quelques touches évocatrices, coloristes.

« Demain n’est jamais certain » est l’occasion pour les percussions de fouiller les crépitements doux, les chocs épars, les caresses du métal, accompagnées d’une guitare bruitiste, évocatrice d’un ailleurs, avant qu’elle n’amorce une démarche hésitante, délicate, aux notes distantes. Un moment subtil, d’émotions épurées. 

Dans « L’impermanence du doute », la guitare semble hésiter entre résonance des cordes et segments mélodiques, avec quelques coups de griffes retenus, la batterie voletant sur les cymbales, roulant sur les peaux, se faisant plus insistante, semant la route de cahots multiples puis retrouvant l’efficacité discrète.

Des crépitements rares des cordes pour amorcer « L’ivresse du crabe », de vagues accents d’Asie, et encore ces frappes qui surprennent par leur économie, leur efficacité, parfois l’absence de pulsation au profit du plaisir des balises posées dans cet espace privé.
Ces quelques mots posés ça et là sur quelques-uns des dix titres de l'album n'épuisent pas les diverses sensations, les surprises, les paysages sonores. Cet album est à écouter toutes antennes dehors. Il dresse un décor intimiste, aux touches subtiles. Il est rehaussé par un choix des titres qui ouvre grand un imaginaire que chacun peut s’approprier, amplifier peut-être. C'est un album formidable, une balise musicale qu’on aime à retrouver."  
Guy Sitruk  03/2020

CITIZEN JAZZ

Un voyage aux couleurs multiples...  A journey with multiple colors

"(...) L’idée des dialogues ne date pas d’hier : ce fut Tocade(s) en 1999 avec la clarinettiste Catherine Delaunay ; puis Passeur de temps (2007) aux côtés du guitariste Jean-Paul Hervé ; en 2011, le pianiste (et parfois guitariste) Henri Roger tentait l’expérience avec Tocanne pour l’enregistrement de Remedios la Belle ; plus près de nous, en 2015, des Chroniques de l’imaginaire mettaient en scène le pianiste Jean-René Mourot. Cette fois, c’est un autre guitariste, Alain Blesing, qui se voit confier le rôle du partenaire de conversation. Ou peut-être est-ce l’inverse après tout, car il n’existe pas de hiérarchie dans ces rencontres. Quoi qu’il en soit, on sait que Blesing est un fidèle des aventures en musique de Bruno Tocanne, lui qu’on avait retrouvé en 2011 au sein d’un quartet chargé d’électricité pour Madkluster Vol. 1. À cette occasion, nous le présentions comme « un musicien dont les paysages musicaux sont vastes, avec pour fil conducteur l’ouverture vers toutes formes d’expression à travers lesquelles se manifeste sa curiosité. Son appétit peut le conduire à explorer les musiques traditionnelles occidentales ou orientales ou à démontrer sa passion pour le rock progressif (King Crimson et Soft Machine, en particulier) avec sa Théorie des Cordes, ensemble où s’illustrent dix guitares électriques, sans oublier le répertoire de Songs from the Beginning avec notamment John Greaves et Hugh Hopper ! ». Depuis, les deux amis ont pu travailler ensemble à plusieurs reprises, en particulier dans le cadre du très réussi Over The Hills, salué par celle à qui il rendait hommage, Carla Bley.

Ce duo de l’amitié publie L’Impermanence du doute. Ce titre aux mots choisis traduit l’état d’esprit dans lequel les deux musiciens ont travaillé. Le Larousse définit ainsi l’impermanence : « Caractère de ce qui n’est pas permanent, ne dure pas et change sans cesse ». On peut imaginer que Blesing et Tocanne, aussi aguerris soient-ils, savent se remettre en cause et repartir de zéro à chaque nouvelle expérimentation. Rien n’est jamais acquis. Leur foi en la musique va de pair avec une alliance d’humilité et de détermination qui les pousse à oser. Habillé dans le livret cartonné si cher au Petit Label (membre des Allumés du Jazz), ce disque au tirage limité à 100 exemplaires numérotés est d’abord un objet auquel on s’attache physiquement, y compris lorsqu’il réserve une surprise à vous faire… tourner la tête ! C’est très important, l’emballage, en ces jours de dématérialisation. Et puis la musique vient… Une écoute au casque, volume assez fort, sera la garantie d’un voyage aux couleurs multiples, qu’on se le dise. Alain Blesing et Bruno Tocanne sont ici tout autant illustrateurs que mélodistes. La guitare est tour à tour atmosphérique, granuleuse, saturée, bruitiste, libérant quand il le faut des arpèges aux accents méditatifs. À ses côtés – parfois face à elle – la batterie roule des fûts, polyphonique, pour mieux apprivoiser ensuite le silence par petites touches sur les cymbales ; elle rappelle une fois encore sa force de suggestion. Tout cela est largement improvisé, c’est une musique de l’instant qui se joue, rebelle et tendre à la fois. Sans doute à l’image de deux musiciens qui parlent un langage commun, celui d’un jazz spontané qui se souvient des forces électriques en présence dans le monde du rock. Le final de l’album est à cet égard la parfaite illustration de cette énergie et d’une forme de pudeur, aussi. On y découvre la composition titre consistant en une puissante montée en tension, qui ouvre la voie à « Trabizon », un traditionnel turc déjà présent sur le duo Tocanne / Delaunay et dont l’arrangement était alors signé… Alain Blesing. La boucle est bouclée. L’Impermanence du doute aurait-elle alors des airs de vérité ?"  Denis Desassis 03/2020

CULTURE JAZZ

Une musique des grandeurs qui se joue dans la confidence...

Alain Blesing et Bruno Tocanne, c’est une rencontre renouvelée qui perdure de décade en décade, pour le meilleur et le meilleur. Dans ce duo, l’on retrouve leurs fondamentaux : un besoin inextinguible de liberté, une radicalité intelligente et une envie de musique qui donne à l’improvisation toute sa place. Comme toutes les musiques où se mêlent l’intime, l’organique et l’universel, la leur est un creuset où s’élaborent les instants nécessaires à la durée du dialogue entrepris sous les auspices de l’improbable paysager, de l’incoercible aventureux et du souffle extensible. C’est donc une musique des grandeurs qui se joue dans la confidence amicale car elle s’articule autour de petits éclats atemporels dont on doute de la permanence… Pour citer Jacques Lacarrière (1925-2005), c’est une sorte de pays sous l’écorce, un repaire où les esprits libres peuvent réinventer un monde meilleur qui leur appartient en propre mais qu’ils aiment à partager avec les sensibles, les écorchés, les taiseux, les joyeux, et tous les autres aussi car, après tout, quand on est libre, on n’est pas sectaire et il est donc difficile de se taire. Et la parole militante passant aussi par la musique, point n’est besoin de la faire commerciale pour la rendre audible aux gens de bonne volonté. Il s’agit donc d’une richesse à redistribuer sans compter. Yves Dorison 02/2020

PARIS MOVE / BAYOU BLUE RADIO

Un sublime album !  A sublim album ! Essential

"Il y a de la musique qui s’écoute, et de le musique à vivre… Intensément, aller à la rencontre de l’œuvre… de l’œuvre d’art, une musique vibrante et inspirante, qui demande à l’auditeur un petit effort ou une petite gymnastique intellectuelle, comme c’est le cas avec cet album. Tout est affaire d’ambiances, de sons, et à la façon d’une toile, ces deux peintres de la musique contemporaine vous trimbalent dans leur univers, hymne à la nature, hymne à la vie, et la radicalité de l’histoire racontée nous transporte dans une sorte d’état d’urgence. Le jazz ici est un prétexte qui sert de socle. Pour le reste, on est ailleurs. Ces superbes compositions demandent avant tout à être appréciées sur scène, à être regardées, écoutées, d’autant que nous avons ici deux artistes majeurs qu’il nous faut regarder de près. Avec un admirable jeu de Alain Blesing et Bruno Tocanne. Tout est pesé, en suspension, ne laissant la place qu’à l’essentiel. Un bel équilibre que peu d’artistes de nos jours sont capable d’assumer à ce point!
Avec cet album que nous proposent Alain Blesing & Bruno Tocanne, il faut porter un regard sur le son, sur les sons, jusqu’à “L’ivresse du crabe” qui mettra une minute et 58 secondes à se mouvoir en “gros plan” sonore. Ce sont dix instants pris au téléobjectif, laissant paraître chaque détail de chaque situation, et ce sont donc bien dix scènes qui nous sont présentées sur “L’impermanence du doute”.
Comme je le disais ci-dessus, ces superbes compositions demandent avant tout à être appréciées sur scène, à être regardées, écoutées, alors on attend donc avec impatience la série de concerts qui ne manquera pas de suivre, et nous vous invitons à commander ce sublime album que nous classerons dans les “Indispensables” de Bayou Blue Radio et Paris-Move". -  T
hierry Docmac 02/2020

LES DERNIÈRES NOUVELLES DU JAZZ

Une forme d'humanité foncièrement musicale - A fundamentally musical form of humanity
Ce qui frappe, dès la première plage, c'est que l'on a affaire à des Artisans des musiques libres. Des Artisans d'Art, évidemment. Nul souci d'entrer par le fracas avec une bannière bien identifiable qui racolerait les esprits distraits dotés d'oreilles qui ne le seraient pas moins (distraites!). Alors on s'immerge, en confiance, et je dois dire que le voyage vaut le détour. Montée progressive des timbres et des sensations qu'ils provoquent ; curiosité croissante de l'auditeur qui cherche ses marques mais sent que déjà il va aimer ce qu'il n'a pas encore réussi à décoder (et c'est tant mieux!). Puis c'est un dialogue virulent entre guitare et batterie, comme la liberté des musiques du siècle (le siècle passé....) en engendra quelques-uns. Virulence du dialogue, mais force de l'expression, car c'est de cela aussi qu'il s'agit. Vient ensuite une sorte de cérémonie secrète, où les sons graves des tambours défient les éclats de guitare dans l'aigu. Puis l'on plonge à nouveau dans le mystère des sons d'outre-monde. Soudain l'on s'échappe en mélodie folky vers un ailleurs qui n'aurait pas dit son dernier mot, juste avant une brève énigme sonore qui nous dit que les étiquettes ne sont pas de mise. Et le voyage continue, bien au-delà de ce que ma pauvre tentative descriptive peut suggérer. Il a là du feu, de la passion, de la densité, de la pensée et du ressenti partagé, échangé, bref une forme d'humanité foncièrement musicale. Alors il ne vous reste plus qu'à plonger dans cet univers de sons riches de sens."  
Xavier Prévost 04/2020

MUSICOLOGIE.ORG / 5 CD POUR DECONFINER EN MAI 

Un duo passionnant - An exciting duo

Cinq titres aux mots dans l'air du temps, le duo Blesing Tocanne, guitare batterie, pour L'impermanence du doute, le quartet Robbe Gloaguen pour Gardez votre sang froid, un ensemble de compositions de François Tusques, le duo Bastien Boni, Nicolo Terrassi, contrebasse, guitare et field recording pour Les partitions invisibles, le Big Funk Brass pour Higher et, à paraitre fin mai, le quintette de Pierre Marcus pour Following the right way.

L'impermanence du doute (Petit Label 2020) est un duo peu fréquent, celui du guitariste Alain Blesing et du batteur Bruno Tocanne. Une guitare électrique aux multiples facettes sonores, une batterie percussive tout aussi plurielle, une grande liberté d'écoute et d'improvisation réciproque. Et le train de nuit va, entre mémoire des triades, saut de l'ange, blues rugueux et bugs de conversation. Bref, malgré l'ivresse du crabe, dans l'impermanence du doute, demain n'est jamais certain. Le cédé, paru en début d'année, est presque plus prophétique à plus d'un titre que la plupart des madames soleil. Un duo passionnant. N'hésitez pas, le tirage en est limité." Alain Lambert 05/2020